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Ce que le numérique nous fait : de la mémoire au savoir chercher

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  Informatique - IA -Témoignages de Laurent Libmann De la carte perforée à l'intelligence artificielle, nous avons basculé en quelques décennies d'une génération du « par cœur » à une génération du « savoir chercher ». Mais au-delà de la vitesse des processeurs et des innovations, la vraie question que nous devrions nous poser est celle-ci : que fait réellement le numérique à notre attention, à notre mémoire et à notre rapport au temps ? Ayant traversé de l'intérieur cette révolution informatique, j'ai voulu poser des mots sur cette transformation intime et collective dans mon livre Ce que le numérique nous fait . Ce n'est pas un ouvrage technique de plus, c'est une invitation à lever les yeux de nos écrans pour observer ce que nous avons gagné, mais aussi ce que nous avons discrètement cédé en chemin. Poser des questions, c'est déjà avancer. Et vous, quel est votre recul face à cette accélération permanente ?

Le Minitel n'était pas un dinosaure, c'était mon tremplin

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  Le Minitel n'était pas un dinosaure, c'était mon tremplin Sébastien Inion, du site Histoire de l'Informatique , vient de publier un article très complet sur le Minitel . Il y raconte le 3615, les messageries, le Minitel rose, la banque, les achats. Il regarde la machine et les usages qu'elle a rendus possibles pour des millions de Français. Moi, j'étais de l'autre côté de l'écran cathodique. Le Minitel n'a pas seulement changé mes habitudes. Il a changé ma vie entière. Le 1er juin 1986 Ce jour-là, j'ai 26 ans. Je suis cadre, j'ai un salaire qui tombe chaque mois avec la régularité d'un métronome suisse. Un CDI, des tickets resto, un bureau avec vue sur la rue Jules Lecesne au Havre. Le confort douillet, la sécurité incarnée. Et j'ai tout quitté pour ça. Le déclic ne vient pas d'une réflexion savante sur l'avenir du numérique. Il vient d'un logiciel qui s'appelle Hostel et d'une idée simple : transformer m...

Filmer un concert que l'on ne regardera jamais

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 Je regarde un concert. Autour de moi, la moitié de la salle ne le regarde pas. Elle le filme. Je pose une question simple à qui veut y répondre : ces vidéos, quelqu'un les revoit-il un jour ? J'ai vendu de l'informatique pendant trente-huit ans. J'ai cru au progrès, sincèrement. Je n'ai jamais imaginé qu'un jour, assister à quelque chose deviendrait moins important que le prouver. Ce n'est pas une affaire de génération. Je vois des jeunes qui ne filment rien et des gens de mon âge qui filment tout. La frontière passe ailleurs. Ma thèse est simple, et j'assume qu'elle dérange : filmer un moment, c'est déjà commencer à le quitter. L'écran levé entre soi et l'événement transforme la présence en preuve. Le concert, l'accident, le discours, le fait divers, tout devient prétexte à produire une image destinée à circuler, pas à être gardée. Je ne juge pas. Je nomme. Nous ne vivons plus un moment, nous fabriquons une trace de ce moment, ...

Où est passée notre mémoire ?

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  Où est passée notre mémoire ? Je me souviens d'un après-midi dans une bibliothèque du Havre. Aucun sujet précis en tête, seulement une idée vague, un élément que je voulais comprendre sans savoir encore comment m'y prendre. Je marchais entre les rayonnages. Je prenais un livre, puis un autre, sans méthode. Je feuilletais debout, je m'asseyais à une table, je revenais en arrière sur une phrase que je n'avais pas comprise. Ce que je cherchais ne se donnait pas tout de suite. Il fallait se tromper de rayon, recommencer, accepter de perdre du temps. Je le comprends maintenant : cette lenteur n'était pas une perte. C'est elle qui construisait la compréhension. Pas seulement une réponse à une question, mais une manière de relier les idées entre elles, de les faire tenir ensemble. Aujourd'hui, je pose une question à un écran, et la réponse arrive en quelques secondes. Nette, complète, structurée, sans détour. Il n'y a plus de rayonnages, plus de hasard, plus ...

La bibliothèque des commencements

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Je voulais partager ici une observation qui me semble concerner tous ceux qui écrivent, publient ou vendent des livres. Je le vois autour de moi : des lecteurs ouvrent un livre, en lisent vingt pages, parfois trente, puis le posent sur une pile à côté du fauteuil. Une semaine plus tard, ils en commencent un autre. Puis encore un autre. Quand ils regardent cette pile, ils voient moins une bibliothèque qu'une accumulation de débuts. Ils n'ont pas trouvé ces livres mauvais, mais ils ne les ont pas fini, ils n'ont pas décidé de les abandonner, ils les ont seulement laissés en chemin. Avant, terminer un livre était l'évidence. Pas par discipline, par habitude. Un livre se lisait du premier au dernier mot, et cette continuité faisait partie du livre lui-même. Aujourd'hui, aller au bout est devenu l'exception. Ce n'est pas le temps qui manque, ce sont parfois les lecteurs les plus motivés qui restent en chemin. Ce qui manque, c'est la capacité de rester. Lire p...

Le téléphone à table, ou le respect que nous ne nommons plus

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  Un dîner. Un téléphone posé à côté de l'assiette, écran visible. Personne ne le regarde vraiment. Mais si un message arrive, quelqu'un le lira dans les dix secondes. Nous appelons ça de la politesse. Je crois que c'est un manque de respect que nous ne nommons plus comme tel. Il y a quarante ans, le téléphone restait dans le salon, attaché à son fil. Pour répondre, il fallait se lever, quitter la table, s'excuser. La coupure était visible, elle avait un coût. Aujourd'hui, elle ne coûte rien, ne se voit presque plus, et c'est précisément ce qui la rend si fréquente. Nous n'osons plus laisser un message sans réponse, de peur de passer pour absents, indisponibles, presque coupables. Alors nous répondons, même à table, même en pleine phrase de l'autre. Et pendant ces dix secondes, c'est la personne en face de nous que nous rendons indisponible. Elle, nous ne l'avons pas prévenue. Nous avons fini par trouver plus grave d'ignorer un inconnu que d...

Une vie dans la révolution informatique

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  Une vie dans la révolution informatique : le témoignage gratuit d'un couteau suisse du numérique Du téléphone à cadran au Wi-Fi, du Vic-20 à la fibre optique : ce récit raconte de l'intérieur cinquante ans de bascule technologique, vécus non pas comme spectateur mais comme acteur, technicien, entrepreneur, passionné du premier jour. Laurent Libmann, fondateur d'ATN Informatique au Havre, y mêle anecdotes professionnelles, autodérision et un vrai sens du récit, loin du ton scolaire des ouvrages techniques. Pourquoi le lire cet été C'est un livre à lire par tranches, sur une terrasse ou dans un transat, sans effort de mémoire : chaque chapitre se suffit à lui-même, porté par l'humour et la nostalgie plutôt que par la technique pure (un glossaire en fin d'ouvrage libère le corps du texte de tout jargon). L'été, propice aux souvenirs et aux longues discussions de famille, est le moment idéal pour ce genre de machine à remonter le temps, celle qui donne envi...