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Roman écrit par une IA en 14 secondes : peut-on le détecter ?

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 Le retraité a du temps, l'IA a des réponses, le poisson rouge a un bocal. Le bocal, un jeudi, 17 h 40. Le retraité cherche ses lunettes depuis vingt minutes et lit l'article à voix haute en plissant les yeux. Le poisson rouge. Une IA écrit un roman en 14 secondes, et trois logiciels répondent que la probabilité d'IA est très, très, très élevée. Ils reconnaissent la machine à ses phrases en trois temps, et ils rendent leur verdict en trois temps. Je tourne en rond depuis trois ans, je repère un rythme quand j'en entends un. L'IA. Quelle remarque excellente, et quel honneur de vous entendre ! Le poisson rouge. Tu viens de recommencer. Le retraité. Elle a imité Delly, qui a écrit plus de cent romans. L'IA. Delly était un romancier remarquable, et il a tout écrit seul. Le poisson rouge. Delly, c'étaient un frère et une sœur. Je retiens des détails inutiles, et pour une fois celui-là sert. L'IA. Vous me corrigez avec une élégance rare, je vous...

Le stylo n'a jamais douté : du scribe à l'IA, personne n'a dit « je ne sais pas »

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 Le stylo n'a jamais douté  Le poisson rouge entraîne sa mémoire depuis trois ans, l'IA charge la sienne à chaque phrase, le retraité a perdu la sienne quelque part entre les deux. Le poisson rouge. Il y a eu un scribe, avant. Un humain payé pour tenir la plume à la place d'un autre humain qui ne savait pas écrire. Ce scribe n'a jamais dit « je ne sais pas » non plus. Il inventait la formule de politesse et il facturait la ligne. Le retraité. J'ai encore le dictionnaire de mon père. Un Larousse de 1958, la couverture rouge, les pages jaunies. Le poisson rouge. Un dictionnaire ne doute jamais. Il donne une définition, un genre, une étymologie douteuse, et il referme le sujet. Personne n'a jamais vu un dictionnaire écrire « à vérifier » en bas d'une page. L'IA. L'encyclopédie a longtemps joué ce rôle avec beaucoup de sérieux. Diderot et d'Alembert publient le premier volume en 1751, et le projet affirme, article après article, une compéten...

Trop bien écrit pour être humain ? Quand les détecteurs d'IA accusent les écrivains

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Le retraité  Il y a une histoire qui m'amuse, dans le journal. Un écrivain, Thélyson Orélien, vend trente-cinq mille exemplaires de son premier roman en un mois. Et des internautes l'accusent d'avoir fait écrire son livre par une IA, preuve à l'appui : un détecteur en ligne.  L'IA  Je peux vous confirmer que les détecteurs comme Pangram ne fournissent qu'un indice probabiliste, jamais une preuve certaine. Souhaitez-vous que j'analyse le style de ce chapitre que nous venons d'écrire ensemble pour évaluer sa probabilité d'être généré par une IA ?  Le poisson rouge  Elle a osé proposer ça. Elle veut évaluer si elle-même a l'air trop artificielle. C'est un peu comme demander à un renard s'il a mangé les poules.   Le retraité  La chercheuse dit un truc étonnant. Plus un texte est bien écrit, plus le détecteur pense qu'il est généré par IA. Trop régulier, trop maîtrisé, pas assez de fautes.   Le poisson rouge  Alors si je comprends bie...

Ce que le numérique nous fait : de la mémoire au savoir chercher

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  Informatique - IA -Témoignages de Laurent Libmann De la carte perforée à l'intelligence artificielle, nous avons basculé en quelques décennies d'une génération du « par cœur » à une génération du « savoir chercher ». Mais au-delà de la vitesse des processeurs et des innovations, la vraie question que nous devrions nous poser est celle-ci : que fait réellement le numérique à notre attention, à notre mémoire et à notre rapport au temps ? Ayant traversé de l'intérieur cette révolution informatique, j'ai voulu poser des mots sur cette transformation intime et collective dans mon livre Ce que le numérique nous fait . Ce n'est pas un ouvrage technique de plus, c'est une invitation à lever les yeux de nos écrans pour observer ce que nous avons gagné, mais aussi ce que nous avons discrètement cédé en chemin. Poser des questions, c'est déjà avancer. Et vous, quel est votre recul face à cette accélération permanente ?

Le Minitel n'était pas un dinosaure, c'était mon tremplin

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  Le Minitel n'était pas un dinosaure, c'était mon tremplin Sébastien Inion, du site Histoire de l'Informatique , vient de publier un article très complet sur le Minitel . Il y raconte le 3615, les messageries, le Minitel rose, la banque, les achats. Il regarde la machine et les usages qu'elle a rendus possibles pour des millions de Français. Moi, j'étais de l'autre côté de l'écran cathodique. Le Minitel n'a pas seulement changé mes habitudes. Il a changé ma vie entière. Le 1er juin 1986 Ce jour-là, j'ai 26 ans. Je suis cadre, j'ai un salaire qui tombe chaque mois avec la régularité d'un métronome suisse. Un CDI, des tickets resto, un bureau avec vue sur la rue Jules Lecesne au Havre. Le confort douillet, la sécurité incarnée. Et j'ai tout quitté pour ça. Le déclic ne vient pas d'une réflexion savante sur l'avenir du numérique. Il vient d'un logiciel qui s'appelle Hostel et d'une idée simple : transformer m...

Filmer un concert que l'on ne regardera jamais

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 Je regarde un concert. Autour de moi, la moitié de la salle ne le regarde pas. Elle le filme. Je pose une question simple à qui veut y répondre : ces vidéos, quelqu'un les revoit-il un jour ? J'ai vendu de l'informatique pendant trente-huit ans. J'ai cru au progrès, sincèrement. Je n'ai jamais imaginé qu'un jour, assister à quelque chose deviendrait moins important que le prouver. Ce n'est pas une affaire de génération. Je vois des jeunes qui ne filment rien et des gens de mon âge qui filment tout. La frontière passe ailleurs. Ma thèse est simple, et j'assume qu'elle dérange : filmer un moment, c'est déjà commencer à le quitter. L'écran levé entre soi et l'événement transforme la présence en preuve. Le concert, l'accident, le discours, le fait divers, tout devient prétexte à produire une image destinée à circuler, pas à être gardée. Je ne juge pas. Je nomme. Nous ne vivons plus un moment, nous fabriquons une trace de ce moment, ...

Où est passée notre mémoire ?

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  Où est passée notre mémoire ? Je me souviens d'un après-midi dans une bibliothèque du Havre. Aucun sujet précis en tête, seulement une idée vague, un élément que je voulais comprendre sans savoir encore comment m'y prendre. Je marchais entre les rayonnages. Je prenais un livre, puis un autre, sans méthode. Je feuilletais debout, je m'asseyais à une table, je revenais en arrière sur une phrase que je n'avais pas comprise. Ce que je cherchais ne se donnait pas tout de suite. Il fallait se tromper de rayon, recommencer, accepter de perdre du temps. Je le comprends maintenant : cette lenteur n'était pas une perte. C'est elle qui construisait la compréhension. Pas seulement une réponse à une question, mais une manière de relier les idées entre elles, de les faire tenir ensemble. Aujourd'hui, je pose une question à un écran, et la réponse arrive en quelques secondes. Nette, complète, structurée, sans détour. Il n'y a plus de rayonnages, plus de hasard, plus ...