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Nous ne perdons pas seulement des données

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  Je me souviens encore des numéros de téléphone de mon enfance. Celui de mes parents, celui de ma grand-mère. Six chiffres, parfois quatre lettres et trois chiffres. Je pourrais les composer aujourd'hui, alors que tout a disparu depuis longtemps. Ils sont restés inscrits quelque part, comme gravés. Dans mon magasin, je connaissais par cœur certains tarifs, certaines références produit, les coordonnées de fournisseurs importants. Ce n'était pas un exercice de performance. C'était pratique. Le client posait une question, la réponse venait immédiatement. Il y avait une fluidité naturelle entre la mémoire et l'action. Puis les outils se sont perfectionnés. Les bases de données se sont enrichies. Internet a rendu accessible une quantité d'informations inimaginable. Nous avons commencé à nous dire, sans le formuler, que retenir n'était plus indispensable. Pourquoi mémoriser une date si elle est disponible en quelques secondes, pourquoi apprendre un itinéraire si l...

En 1969, j'avais neuf ans

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  En 1969, j'avais neuf ans et je passais trois semaines de cure à Enghien-les-Bains avec ma mère. Un après-midi, elle m'offre un sachet de pifises, ces minuscules œufs qu'on verse dans l'eau. Plusieurs heures après, des poissons transparents apparaissent. Il faut observer, surveiller, espérer. Il ne se passe presque rien. Et pourtant quelque chose travaille en nous pendant ce temps-là. Aujourd'hui, j'appelle ça apprendre à laisser le temps faire son œuvre. On a grandi dans des journées où le silence existait, un silence qui n'était pas suspect, qui n'appelait pas de réponse. On pouvait rester quelques minutes sans parler, marcher longtemps sans musique, s'asseoir sans écran. Et dans ce silence, la pensée se déposait. Ce n'était pas une vertu. C'était simplement ce qu'était le temps, à cette époque. J'ai écrit un livre sur ce que le numérique a fait de nous. Pas un procès, pas de la nostalgie. Un regard honnête sur les gains et les pe...

Révolution numérique : ce qu'elle a vraiment fait de nous

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  J'ai vu naître le numérique de l'intérieur. Pas dans les livres, pas en spectateur. J'y étais. J'ai vendu parmi les premiers Macintosh en Normandie. J'ai installé des réseaux, expliqué des interfaces, accompagné des centaines de personnes dans leur rapport aux machines. Et pendant tout ce temps, je n'ai pas vu ce que ces machines allaient faire de nous. Pas de notre productivité. De nous. De notre attention, de notre mémoire, de notre capacité à rester présents à quelqu'un sans garder un oeil ailleurs. C'est la question que j'ai fini par écrire, à 66 ans, depuis Montivilliers : Ce que le numérique fait de nous Nous étions la charnière. Ma génération a vécu des deux côtés. Nous étions la charnière. C'est un point de vue rare, et je crois qu'il mérite d'être dit. Qu'est-ce que le numérique a changé en vous, pas dans votre travail, mais en vous ?

L'ennui n'était pas un problème à résoudre

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Ce que les psys appellent négligence, je l'appelle formation Un article de Psychologies.com paru cette semaine m'a arrêté net. Il pose une question que je ne m'attendais pas à lire sous la plume de chercheurs : et si l'éducation de nos parents, celle que certains qualifient aujourd'hui de négligente, avait produit quelque chose de précieux ? Je suis né en 1960. Je reconnais chaque ligne. L'ennui n'était pas un problème à résoudre Les enfants de ma génération rentraient de l'école et disparaissaient jusqu'au dîner. Personne ne programmait leur après-midi. L'ennui s'installait, et c'était à nous de l'habiter. Je me souviens de l'été 1969 à Enghien-les-Bains, des journées sans programme, un chiot boxer qui me suivait partout, et un sachet de pifises, ces minuscules œufs qu'on versait dans l'eau et qu'on regardait éclore pendant des heures. Il ne se passait presque rien. Et c'est dans ce presque rien qu'une n...

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 Si vous avez lu Ce que le numérique fait de nous et que le livre vous a parlé, vous pouvez laisser un avis sur Babelio — c'est la principale plateforme française de lecteurs, et chaque avis compte vraiment pour faire connaître un livre autoédité. Mode d'emploi en trois étapes : 1. Rendez-vous sur babelio.com 2. Créez un compte gratuit si vous n'en avez pas (moins d'une minute) 3. Recherchez le titre, attribuez une note et écrivez quelques lignes — même courtes Pas besoin d'une critique littéraire. Ce qui compte, c'est ce que le livre vous a fait penser, ou ce qu'il vous a rappelé. Merci à ceux qui prendront le temps de le faire.

Et pourtant, je vous demande d'attendre

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  Et pourtant, je vous demande d'attendre. Encore un peu.  Depuis quelques jours, je vous ai glissé des fragments de ce livre. Une phrase sur l'attente qui disparaît. Une autre sur les livres qu'on ne finit plus. Une autre encore sur ce que l'on perd quand on est joignable partout. Ce n'était pas un teaser. C'était le livre lui-même, qui cherchait ses premiers lecteurs.   Ce que le numérique fait de nous arrive la semaine prochaine.   En version numérique sur plusieurs plateformes.   En version brochée sur Amazon et Coolibri.  Trente-huit ans passés dans le monde numérique, à construire, à démolir, à reconstruire. Puis la retraite. Et l'envie de nommer ce que tout ça nous a fait à nous, pas aux machines.   Laurent Libmann  Ce que le numérique fait de nous  La semaine prochaine.

Ce que le numérique fait de nous — Laurent Libmann

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Ce que le numérique fait de nous. Laurent Libmann  Beaucoup ne vivent plus dans des livres lus jusqu'à leur fin.  Ils vivent au milieu de commencements. Le fragment a remplacé la durée. Ce qui se perd en chemin, ce n'est pas seulement la dernière page. C'est l'expérience de rester avec une pensée jusqu'à son terme, de l'habiter assez longtemps pour qu'elle déplace un mouvement intérieur.  Laurent Libmann  Ce que le numérique fait de nous À paraître