Laurent Libmann


Ce que les psys appellent négligence, je l'appelle formation

Un article de Psychologies.com paru cette semaine m'a arrêté net. Il pose une question que je ne m'attendais pas à lire sous la plume de chercheurs : et si l'éducation de nos parents, celle que certains qualifient aujourd'hui de négligente, avait produit quelque chose de précieux ?

Je suis né en 1960. Je reconnais chaque ligne.

L'ennui n'était pas un problème à résoudre

Les enfants de ma génération rentraient de l'école et disparaissaient jusqu'au dîner. Personne ne programmait leur après-midi. L'ennui s'installait, et c'était à nous de l'habiter.

Je me souviens de l'été 1969 à Enghien-les-Bains, des journées sans programme, un chiot boxer qui me suivait partout, et un sachet de pifises, ces minuscules œufs qu'on versait dans l'eau et qu'on regardait éclore pendant des heures. Il ne se passait presque rien. Et c'est dans ce presque rien qu'une notion travaillait en moi sans que je le sache : laisser le temps faire son œuvre.

La patience n'était pas une vertu, c'était une condition

Pour regarder un film, il fallait être là à l'heure exacte. Pour une réponse, il fallait attendre des jours. Le plaisir avait un rendez-vous dans le temps. Et ce rendez-vous lui donnait un poids que la disponibilité immédiate ne peut pas reproduire.

J'ai compris bien plus tard ce que le numérique avait fait de cette attente : il l'avait supprimée. Et avec elle, quelque chose de plus difficile à nommer.

Ce que cette génération a perdu en gagnant

Ce n'est pas un modèle à restaurer. Ce n'est pas une nostalgie que je défends.

Ce que je défends, c'est la conscience de ce qui s'est déplacé. Quand tout devient immédiatement accessible, quand chaque silence appelle un remplissage, ce n'est pas seulement le confort qui change. C'est la manière dont une pensée se forme, dont un désir mûrit, dont une émotion s'apprivoise.

Les enfants d'aujourd'hui ont des écrans là où nous avions des aquariums. Un aquarium ne réagit pas à ce que vous faites. Il continue, à son rythme, indifférent. Et c'est précisément cette indifférence qui forme quelque chose en nous.

C'est ce que j'ai essayé de nommer dans Ce que le numérique fait de nous, paru ce mois-ci.


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Pas pour des conseils de productivité. Pas pour des listes de bonnes pratiques. Pour un regard honnête, régulier, sur ce que le numérique a fait de nous, de notre mémoire, de notre attention, de notre manière d'être ensemble.

Un article par semaine. Depuis l'intérieur du mouvement, par quelqu'un qui l'a accompagné pendant trente-huit ans et qui pose aujourd'hui les questions qu'il n'avait pas posées à l'époque.

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Laurent Libmann, mai 2026

Source : Psychologies.com, "Cette négligence des parents des années 60-70 a façonné une génération plus résistante émotionnellement", 22 mai 2026.




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