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Affichage des articles associés au libellé Numérique

Nous pouvions être absents

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  Il y a eu un temps où le téléphone ne nous suivait pas partout. Il restait à sa place, posé dans le salon, solennel. Chez nous, mes parents tenaient à ce qu'il soit placé là, bien en évidence, comme s'il devait veiller sur la maison, être accessible sans jamais devenir envahissant. Obtenir une ligne relevait d'une véritable épreuve de patience. On déposait une demande auprès de France Télécom, et l'on entrait dans un temps d'attente dont personne ne connaissait vraiment la durée. Trois mois, parfois six, parfois davantage. Ce téléphone n'était pas un objet banal. Son usage supposait une forme de présence. Pour appeler, il fallait être là, physiquement. Pour répondre, il fallait se déplacer, interrompre ce qu'on faisait. La communication avait un lieu, un moment, une forme identifiable. Nous pouvions être absents, et cela ne posait aucune question. Aujourd'hui, chacun porte son téléphone dans sa poche. L'appel n'est plus un événement. Il est dev...

Ce que le numérique fait de nous: Nous étions la charnière

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  Lecture gratuite (Echantillon)
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Quelqu'un m'a calculé combien de temps il fallait pour lire mon livre. Entre 1h32 et 1h55, selon l'état d'esprit. Moins de temps qu'un film moyen. Moins qu'un trajet Paris-Le Havre. Moins que certaines réunions dont je suis sorti sans avoir rien retenu. Un livre sur ce que nous avons perdu, qui se lit dans le temps qu'il nous reste. Temps de lecture selon ton état intérieur : Lecteur de 1975, assis dans un fauteuil, sans téléphone à portée : 1h55min. Lecteur standard 2026, concentré entre deux notifications : 1h32min. Lecteur qui « feuillette juste » : 33min. Et qui se retrouvera quand même à tout lire. Lecteur qui a ouvert le livre pour voir si son nom y figure : 4min. Déception : il n'y est pas. Lecteur qui filme le livre pour ses stories : 12min. Mais il n'aura rien retenu. Je ne sais pas si c'est rassurant ou ironique. Les deux, probablement. Parce que ce livre parle précisément de ça : de ce que nous faisons du temps qui nous reste, de la ma...

Nous ne perdons pas seulement des données

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  Je me souviens encore des numéros de téléphone de mon enfance. Celui de mes parents, celui de ma grand-mère. Six chiffres, parfois quatre lettres et trois chiffres. Je pourrais les composer aujourd'hui, alors que tout a disparu depuis longtemps. Ils sont restés inscrits quelque part, comme gravés. Dans mon magasin, je connaissais par cœur certains tarifs, certaines références produit, les coordonnées de fournisseurs importants. Ce n'était pas un exercice de performance. C'était pratique. Le client posait une question, la réponse venait immédiatement. Il y avait une fluidité naturelle entre la mémoire et l'action. Puis les outils se sont perfectionnés. Les bases de données se sont enrichies. Internet a rendu accessible une quantité d'informations inimaginable. Nous avons commencé à nous dire, sans le formuler, que retenir n'était plus indispensable. Pourquoi mémoriser une date si elle est disponible en quelques secondes, pourquoi apprendre un itinéraire si l...

L'ennui n'était pas un problème à résoudre

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Ce que les psys appellent négligence, je l'appelle formation Un article de Psychologies.com paru cette semaine m'a arrêté net. Il pose une question que je ne m'attendais pas à lire sous la plume de chercheurs : et si l'éducation de nos parents, celle que certains qualifient aujourd'hui de négligente, avait produit quelque chose de précieux ? Je suis né en 1960. Je reconnais chaque ligne. L'ennui n'était pas un problème à résoudre Les enfants de ma génération rentraient de l'école et disparaissaient jusqu'au dîner. Personne ne programmait leur après-midi. L'ennui s'installait, et c'était à nous de l'habiter. Je me souviens de l'été 1969 à Enghien-les-Bains, des journées sans programme, un chiot boxer qui me suivait partout, et un sachet de pifises, ces minuscules œufs qu'on versait dans l'eau et qu'on regardait éclore pendant des heures. Il ne se passait presque rien. Et c'est dans ce presque rien qu'une n...

Ce que le numérique fait de nous — Laurent Libmann

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Ce que le numérique fait de nous. Laurent Libmann  Beaucoup ne vivent plus dans des livres lus jusqu'à leur fin.  Ils vivent au milieu de commencements. Le fragment a remplacé la durée. Ce qui se perd en chemin, ce n'est pas seulement la dernière page. C'est l'expérience de rester avec une pensée jusqu'à son terme, de l'habiter assez longtemps pour qu'elle déplace un mouvement intérieur.  Laurent Libmann  Ce que le numérique fait de nous À paraître