Je sais chercher mieux que jamais

 



Je sais chercher mieux que jamais. Je sais moins rester avec ce que je cherche.

Dans mon travail, autrefois, lorsqu'une question se posait, la réponse n'arrivait pas tout de suite. Il fallait chercher, essayer, parfois se tromper, revenir en arrière, reformuler. Ce processus pouvait durer, mais cette durée faisait partie de la compréhension. Elle obligeait à rester avec la question, à ne pas la contourner trop vite, à ne pas la dissoudre dans une réponse immédiate. Dans cet espace très concret, fait de recherches, d'essais, d'erreurs, l'attention se stabilisait d'elle-même. Elle n'était pas sollicitée en permanence, elle n'était pas dispersée par une multitude de stimuli. Aujourd'hui, les conditions ont changé. Chaque question appelle une réponse rapide, chaque attente peut être comblée en quelques secondes. Cela donne le sentiment d'une efficacité nouvelle. Mais cette rapidité a une conséquence plus discrète. Elle modifie la manière dont je reste avec une question. Je consulte avant de laisser naître une idée. Je vérifie avant de douter. Je cherche une réponse avant d'avoir exploré la question. Ce n'est pas un manque d'intelligence. Ce sont les conditions dans lesquelles nous vivons qui laissent de moins en moins de place au doute. --- Extrait du chapitre 4 de Ce que le numérique fait de nous, mon second livre publié, paru en 2026.

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