Le téléphone à table, ou le respect que nous ne nommons plus
Un dîner. Un téléphone posé à côté de l'assiette, écran visible.
Personne ne le regarde vraiment. Mais si un message arrive, quelqu'un le lira dans les dix secondes.
Nous appelons ça de la politesse. Je crois que c'est un manque de respect que nous ne nommons plus comme tel.
Il y a quarante ans, le téléphone restait dans le salon, attaché à son fil. Pour répondre, il fallait se lever, quitter la table, s'excuser. La coupure était visible, elle avait un coût. Aujourd'hui, elle ne coûte rien, ne se voit presque plus, et c'est précisément ce qui la rend si fréquente.
Nous n'osons plus laisser un message sans réponse, de peur de passer pour absents, indisponibles, presque coupables. Alors nous répondons, même à table, même en pleine phrase de l'autre.
Et pendant ces dix secondes, c'est la personne en face de nous que nous rendons indisponible. Elle, nous ne l'avons pas prévenue.
Nous avons fini par trouver plus grave d'ignorer un inconnu que d'interrompre quelqu'un que nous aimons.
