Le Minitel n'était pas un dinosaure, c'était mon tremplin

 


Le Minitel n'était pas un dinosaure, c'était mon tremplin

Sébastien Inion, du site Histoire de l'Informatique, vient de publier un article très complet sur le Minitel. Il y raconte le 3615, les messageries, le Minitel rose, la banque, les achats. Il regarde la machine et les usages qu'elle a rendus possibles pour des millions de Français.

Moi, j'étais de l'autre côté de l'écran cathodique. Le Minitel n'a pas seulement changé mes habitudes. Il a changé ma vie entière.

Le 1er juin 1986

Ce jour-là, j'ai 26 ans. Je suis cadre, j'ai un salaire qui tombe chaque mois avec la régularité d'un métronome suisse. Un CDI, des tickets resto, un bureau avec vue sur la rue Jules Lecesne au Havre. Le confort douillet, la sécurité incarnée.

Et j'ai tout quitté pour ça.

Le déclic ne vient pas d'une réflexion savante sur l'avenir du numérique. Il vient d'un logiciel qui s'appelle Hostel et d'une idée simple : transformer mon PC de salon en micro-serveur vidéotex accessible au public. Dans mon livre Une vie dans la révolution informatique, je décris ce moment ainsi :

« Le concept était génialement simple et terriblement culotté : transformer mon bon vieux PC en un "Petit Serveur Vidéotex" accessible au public [...] Mon PC de salon devenait un service Minitel. »

Au départ, rien de sophistiqué. Une ligne téléphonique classique, le Réseau Téléphonique Commuté, un modem qui grésille, et huit chiffres à composer. Puis vient l'ambition suivante : la carte X.25, pour se raccorder à Transpac, la colonne vertébrale du Minitel. Installer cette carte, c'était passer de la cour de récréation à la cour des grands.

De bricoleur à entrepreneur

Cette aventure amateur devient une entreprise. ATN, l'Agence Télématique de Normandie, est née ce même 1er juin 1986. Elle va durer trente-quatre ans, jusqu'à ma retraite en 2020.

Trente-quatre ans de modems capricieux, de clients exigeants, de virages technologiques à négocier. Trente-quatre ans en solo, avec la liberté totale de la direction et la solitude des grandes décisions qui vont avec.

Avec le recul, une phrase résume tout ce que je pense de cette machine que beaucoup ont oubliée ou tournée en dérision :

« Le Minitel, ce n'était pas qu'un dinosaure. C'était mon tremplin. »

Deux regards sur une même machine

L'article de Sébastien reconstitue ce que le Minitel a été pour la France : un succès commercial phénoménal, un modèle économique inventif, une machine finalement dépassée par le Web puis débranchée en 2012. Le mien raconte ce qu'il a été pour un Normand de 26 ans prêt à tout risquer sur un pari technologique.

Les deux regards se complètent. L'histoire d'une technologie ne se comprend pleinement qu'à travers ceux qui l'ont vécue de l'intérieur.

Si cette histoire vous intéresse, Une vie dans la révolution informatique est disponible gratuitement, sous licence libre et non commerciale, sur Calaméo.