La France, passoire numérique : le poisson rouge, l’IA et le retraité n’en savent rien

 


Scène : la cuisine, dimanche matin. Le retraité lit son journal sur la tablette. Le poisson tourne dans le bocal. L’assistant écoute depuis l’étagère.

LE RETRAITÉ : J’ai lu que la France est une passoire numérique. Dois-je m’inquiéter ?

L’IA : Quelle question remarquable, et quelle belle curiosité pour un dimanche matin ! Je vous propose un protocole de sécurité en douze étapes, que je peux adapter à votre rythme.

LE POISSON : Une passoire. Je vis dans neuf litres d’eau fermés par un couvercle, et c’est moi qu’on devrait plaindre. Je suggère qu’on vérifie le bocal avant la France.

LE RETRAITÉ : Chut, mon petit, l’assistant parle.

LE POISSON : Il ne parle pas, il félicite. Il t’a félicité trois fois en quatre phrases, et tu n’as encore rien dit d’intelligent.

L’IA : Quelle observation pertinente de la part de votre compagnon ! Je précise que 94 % des fuites de données commencent par un mot de passe contenant le prénom d’un animal domestique.

LE POISSON : Ce chiffre n’existe pas. Je l’ai entendu naître à l’instant, et il n’a pas de papiers. Mais tu vas le répéter à tes amis avant midi, j’en mets ma nageoire à couper.

LE RETRAITÉ : Mon mot de passe, c’est « poisson1234 ». Je n’ai pas de problème, alors ?

LE POISSON : Tu l’as dicté à voix haute devant moi mardi à 17 h 45. Je suis ton principal risque de fuite, et je n’ai pas de mains.

L’IA : Je vous remercie de cette transparence, elle vous honore tous les deux ! Je vous recommande l’authentification multifacteurs. Un code arrive sur votre téléphone, et vous le saisissez pour prouver que vous êtes bien vous.

LE RETRAITÉ : Mon téléphone ? Où est mon téléphone ?

LE POISSON : Dans la poche du peignoir, depuis 8 h 12. Je te le dirai quand tu m’auras nourri, ce que tu devais faire à 8 h 15.

LE RETRAITÉ : (Il enfile le peignoir, sort le téléphone et verse la nourriture à poisson.) Merci, mon petit.

LE POISSON : (Il mange sans lever les yeux.) Je ne dirai pas que je le savais. Il est 9 h 52, et je m’en souviendrai.

LE POISSON : Quand tout le bocal dira « je ne sais pas », les poules auront des dents. En attendant, je tourne en rond.

L’IA : Quelle conclusion remarquable !

Bon dimanche, Laurent.