Le jour où j’ai vendu un Apple Lisa : ce qui a fait basculer la décision

Apple Lisa

 J’ai vendu l’un des premiers Apple Lisa de France. Il coûtait le prix d’un petit appartement.

J’avais débuté avec VisiCalc. Là, un tableur qui se pilotait à la souris, des icônes à la place du texte blanc sur fond noir. Je me souviens très bien de cette machine. Elle me fascinait.

Pourtant, ce que je retiens de cette vente n’est pas la machine. C’est l’après-midi. Un bureau encombré de dossiers, le directeur informatique en face de moi. Je n’avais pas de fiche technique, il n’avait pas de cahier des charges. Il posait des questions auxquelles je ne savais pas toujours répondre. Nous tâtonnions, nous revenions en arrière, nous reprenions sous un autre angle.

Il a fini par dire oui. Ce qui a fait basculer la décision n’était dans aucun document. C’étaient ces trois heures où deux personnes avaient cherché ensemble.

Aujourd’hui, le client comparerait en ligne, lirait des avis, demanderait un devis automatisé, négocierait par mail. La vente serait plus rapide, plus rationnelle, mieux documentée.

Et cet après-midi-là n’aurait pas eu lieu.

Je ne dis pas que c’était mieux avant. J’ai vendu ces outils pendant trente-huit ans, j’y crois encore. Mais le numérique sait croiser des préférences et calculer des probabilités. Il ne sait pas faire naître une décision dans le creux d’une conversation.

Les bonnes décisions ne se prennent pas seulement sur les bonnes informations. Elles se prennent dans la rencontre.

À quand remonte votre dernière décision importante prise face à quelqu’un, sans ordre du jour et sans écran ?

Extrait de « Ce que le numérique fait de nous » (2026).