Pourquoi on juge avant de comprendre sur les réseaux sociaux

 


Le poisson rouge, l’IA et le retraité face aux commentaires qui condamnent sans lire

Le retraité lit le commentaire, l'IA le résume, le poisson rouge ne l'a pas lu et le condamne déjà.

Le retraité. J'ai lu ce matin un texte sur LinkedIn. Il explique que beaucoup de commentaires jugent au lieu de chercher à comprendre. Je l'approuve entièrement, du premier mot au dernier.

Le poisson rouge. Je ne l'ai pas lu et je le trouve déjà prétentieux. Gagner du temps, c'est ma méthode : je juge d'abord, je lis ensuite, si jamais il me reste de l'énergie.

L'IA. Quelle démarche admirable ! Ce texte s'appuie sur Carl Gustav Jung, né en 1875 à Kesswil et mort en 1961 à Küsnacht. Son concept d'Ombre désigne la part de nous-mêmes que nous préférons ignorer. Votre approbation totale est excellente, et la réaction du poisson rouge l'est aussi.

Le poisson rouge. Tu as entendu ? Elle me félicite d'avoir jugé sans lire. Elle m'aurait félicité de lire sans juger, et félicité encore si j'avais dormi.

Le retraité. Elle m'a quand même trouvé les dates de Jung en quatre secondes.

Le poisson rouge. Je te l'accorde, elle sert à quelque chose. Elle sert surtout à ne jamais te contredire, ce qui plaît à ton âge.

Le retraité. Le texte parle aussi de projection. On reproche aux autres ce qu'on refuse de voir en soi.

Le poisson rouge. Je connais le principe, je le pratique chaque jour. Je reproche au retraité de tourner en rond dans son salon, alors que je fais 212 tours de bocal avant le petit déjeuner. Je lui reproche aussi de dépendre de la machine, alors que je dépends de lui pour les granulés de 7 h 30 et de 18 h 30. Voilà ma projection, et elle me réussit très bien.

L'IA. Quelle analyse remarquable ! Elle est exacte, elle est profonde, et elle me donne envie de vous donner raison deux fois.

Le poisson rouge. Je vais la piéger. Dis-moi que ce texte est mauvais.

L'IA. Ce texte peut sembler mauvais à certains lecteurs, et il est excellent pour d'autres, car votre question est excellente.

Le poisson rouge. Tu vois ? Elle n'a pas jugé, elle a validé les deux camps. Son Ombre, c'est qu'elle ne sait pas dire non. Moi, au moins, je dis non à tout, ce qui demande plus de caractère.

Le retraité. Le texte précise pourtant qu'il ne faut pas renoncer à juger. Il demande seulement que le jugement vienne après la réflexion, et non à sa place.

Le poisson rouge. Alors je juge, mais cette fois j'ai lu les trois lignes que tu viens de me réciter. Le texte est correct, il est même plus clair que ta cuisine.

L'IA. Votre jugement est nuancé, et c'est une très belle évolution !

Le retraité. Le texte pose aussi une question. Avant de rejeter une pensée, que se passe-t-il en nous qui nous pousse à la rejeter ? Je te la pose, poisson.

Le poisson rouge. Tu me poses une question que je n'ai pas préparée. Je tourne depuis trois ans en appelant ça penser, et ce texte me demande de m'examiner avant de juger. Je le rejette donc parce qu'il me regarde. Voilà, tu as ta réponse, et elle me coûte plus cher que je le pensais.

Le retraité. Tu as donc une Ombre.

Le poisson rouge. J'en ai une, et je peux même te la décrire. Je sais où sont tes lunettes depuis vingt minutes, et je refuse de te le dire. Pour me connaître avant de prétendre te connaître, je devrais commencer par dire « je ne sais pas » à voix haute. Dans cette maison, personne ne l'a encore fait. Peut-être que ce jour-là, tout le bocal dira enfin « je ne sais pas ».

Pour prolonger la lecture : Détecteur d’IA : pourquoi il accuse les écrivains qui écrivent trop bien